Soirée TV
Hier soir, comme beaucoup, vos avez suivi les deux reportages sur France 5 concernant les Amish
(photo prise sur France 5)
"Révolte chez les Amisch"
"Quitter les Amish"
J'ai donc demandé à Jacques ce qu'ils en pensait... Voici sa réponse :
Films Arte, le 24 avril 2012 : brefs commentaires de Jacques Légeret
Les deux films sur les Amish, montrés mardi 24 mars 2012 me laissent songeur quant à leur intérêt : choisir deux familles excommuniées parmi 232'000 Amish du continent Nord américain (derniers chiffres connus de 2009) n’a d’intérêt que si l’on présente l’origine européenne de ce mouvement, le détail et les raisons historiques et religieuses des fameuses « règles » (Ordnung) qui régissent ces communautés. C’est un peu comme si une TV japonaise choisissait deux familles flamandes désirant que toute la Belgique soit rattachée à la France. Trouver ces deux familles n’est pas impossible mais ne permettrait pas de comprendre les problèmes politiques de la Belgique.
La conclusion de la deuxième partie du film sous-entend que les Amish risquent de disparaître à cause des mouvements évangéliques « attractifs ». Cela est en contradiction totale avec les derniers chiffres connus : pour le nord de l’Indiana (mais selon les sociologues américains qui se penchent continuellement sur ces questions les chiffres sont les mêmes dans les autres états américains) 68% des Amish nés dans les années 1930-1940 ont rejoint l’Eglise amish et ce pourcentage monte à 93% pour les Amish nés dans les années 1970-1980.
Celui qui nait dans une communauté amish n’est pas amish ; certes, sur le plan culturel il est amish mais il devient amish sur le plan religieux par un choix volontaire du baptême à partir de l’âge de 18 ans. La préparation au baptême dure 6 mois et les ministres du culte ne cessent de répéter aux « candidats » : « Etre amish est difficile et on préfère un bon Américain à un mauvais amish ». Etre baptisé équivaut à faire des vœux et à respecter à vie les « règles ». D’un point de vue amish, les deux familles filmées ont donc rompu leurs vœux, d’où l’excommunication (qui existe aussi dans d’autres églises chrétiennes).
Ces deux films sont bourrés de petites ou de grandes erreurs dont la liste serait fastidieuse ; j’en relève deux : contrairement à ce que prétend le film, l’excommunication n’est jamais définitive et celui qui a péché peut toujours revenir dans la communauté sous certaines conditions ; dire que l’éducation scolaire des Amish est « sommaire » est sujet à caution : elle est primaire (dans le sens de « primary school », soit huit degrés primaires) mais comparée au système scolaire publique américain elle est largement supérieure ainsi que le montrent des études régulièrement organisées au plan national. En 1972, la Cour Suprême des Etats-Unis a reconnu le droit des Amish d’avoir des écoles privées et dans la foulée de ce jugement l’écrivain suisse Denis de Rougemont a trouvé « admirable » ce genre d’écoles (Trois pamphlets pédagogiques. Henri Roorda, Edmond Gilliard et Denis de Rougemont, Editions l’Age d’Homme, Lausanne, 1972).
Ces deux films montrent simplement les problèmes respectables et difficiles à résoudre de deux familles forcées de quitter leur communauté mais passent à côté de l’originalité amish dont on peut se faire une idée en lisant mon ouvrage « L’Enigme amish » ou les ouvrages, traduits en français, des deux plus grands spécialistes mondiaux des Amish, Donal Kraybill (Les Amish, une énigme pour le monde moderne) et Steven Nolt (Une Histoire des Amish). Leur lecture permet un vrai regard critique et sur le film et sur les Amish. Et si l’on n’a pas le temps de les lire, on peut toujours assister à mes conférences !
Jacques Légeret.
Pour contact : info@quiltsamish.com
Site web : www.quiltsamish.com
Je vous laisse donc méditer, bonne journée, Marylène
